Les rencontres
Lorsque nous pratiquons un Art Martial nous avons besoin d’images pour reproduire par mimétisme, de partenaires pour comprendre et assimiler, de répétition pour intégrer les concepts, et de guides pour construire sa posture d’adulte, de pratiquant puis d’instructeur. Les personnes que nous rencontrons tout au long de ce parcours martial façonnent notre travail comme les pierres se polissent grâce aux fleuves et aux torrents qui les arpente.
Ma rencontre avec Hamid Hamiche a été décisive et nos sessions m’ont permis d’ancrer la perception du Karaté-Do tel que je voulais le pratiquer, puis l’enseigner. Ses aptitudes physiques façonnées par son entraînement quotidien, comme sa souplesse de corps et son amplitude dans la rotation des hanches sont remarquables. Et ce que je retiens, c’est sa retranscription de la vision du Karaté-Do Budo (Bushido – L’art de la guerre) dans la pratique de la voie telle qu’enseignée par Mikio Yahara Senseï .
Un coup, une vie

Nous pouvons être tentés d’associer la transmission du Budo avec un mélange d’agressivité, un soupçon de démonstration de force et une somme de combats libres jusqu’à l’épuisement de soi. Apprendre à se dépasser pour mieux se connaître est nécessaire, mais il ne faudrait pas résumer, ni enfermer l’enseignement du Budo à cette étape, ni laisser rentrer la notion de violence et nourrir un sentiment de colère à chaque entraînement. Shihan Hamid Hamiche maîtrise le calme dans une attitude Budo, son zanshin (残心 – vigilance envers l’adversaire, littéralement « l’esprit qui demeure ») pousse à se dépasser dans sa pratique, à se recentrer et à travailler sur sa propre attitude. Le Dojo-kun nous incite, dans ses principes, à rechercher la perfection du caractère, à rester fidèle et constant dans l’effort, mais aussi à respecter les autres et à retenir toute conduite violente. Shihan Hamiche incarne ses fondamentaux, tout en transmettant un art, initialement destiné à la guerre.
Dans cet article je vous propose un résumé du parcours de ce pratiquant d’exception, un homme discret et humble.
Les années J.K.A aux côtés de légendes du Karaté
Shihan Hamid Hamiche débute le karaté dans les années 60 à l’âge de 14 ans avec pour instructeur, le premier professeur de Karaté d’Algérie, Sensei Lucien Luis Vernet.
En 1967, il se rapproche de Kase Senseï, Maître avec lequel il obtient son premier DAN en 1970. Il s’entraine à ses côtés en France pendant vingt années, durant lesquelles il ouvre le dojo de la rue Daguerre tous les matins, pour en refermer les portes le soir. Il côtoie alors les Maîtres Shirai et Enoeda, envoyés en délégation dans différents pays par Nakayama pour promouvoir le Karate en Europe.
La Japan Karate Association pourra compter sur Hamid Hamiche dès 1990 jusqu’à 1999, année de la scission de la fédération. Il présente une équipe à la coupe du monde JKA en 1990 à Dubai, puis en 1998 en Suisse. Il est, durant toutes ces années, l’un des porteurs Français du Karaté traditionnel tel qu’enseigné au Japon. En 1995 il contribue au 1er JKA Europe camp réalisé à Sèvre (France), un évènement unique mobilisant 17 japonais de haut rang, dont Asaï Senseï (chef instructeur), Yahara Senseï (assistant chef instructeur), Abe Sensei et Isaka Senseï.



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La création de la Karatenomichi World Federation
En 1999, la Japan Karate Association (fraction JKA Asai) se sépare, ce qui conduit à la formation de la Karatenomichi World Federation (KWF) sous la direction de Mikio Yahara Sensei, du Japan Karate Shotokai (JKS) sous la direction de Tetsuhiko Asai Sensei et de la Japan Shotokan Karate Association (JSKA) sous la direction de Keigo Abe Senseï.
Mikio Yahara Senseï dirige l’école aux côtés de son assistant Akihito Isaka Sensei, tous deux entourés de Maître Ibuzuki Sakae, dernier élève direct de Gichin Funakoshi encore vivant, et Kiyohiro Kakihana Senseï. Shihan Hamid Hamiche rejoint l’organisation et s’investit en représentant l’école KWF en France. Il est aujourd’hui identifié parmi les Supreme Master Council au Japon et depuis le 31 mai 2019, il est le Président d’Honneur de la « KWF France », aux côtés de Marc Feldis, Chairman and CEO.



Créée en 1909 comme salle de boxe anglaise et située à deux pas de la fameuse Montagne Sainte-Geneviève, berceau du Karaté français, la Salle Lerda, qui devient « Dojo 5 », propose l’art de la main vide dans les années 60. Georges Norel, un boxeur coaché par Lerda et Daniel Ney, élèves de Ohshima Tsutomu, sont les instructeurs. En 1967, Sadek Mazri s’inscrit à cette section karaté pour 30 ans de pratique plus tard, reprendre la salle Lerda pour en faire le « DOJO 5 » et son « Cercle Yoshitaka », une salle pluridisciplinaire où le Karaté est resté au cœur des priorités depuis 25 ans. En 2001, Shihan Hamid Hamiche renforce l’équipe d’instructeurs et s’entoure d’élèves passionnés.

En 2003, Shihan Hamid Hamiche assiste et contribue à l’inauguration du Karatenomichi hombu dojo KWF HQ à Tokyo. Il réalise le kata Bassai Dai avec le KWF Shihankai dont il fait partie : Yahara Mikio, Dorfman Malcolm, Hozumi Yasuhiro, Tamang Pemba, et Kawasaki Norio.
Senseï Hirokazu KANAZAWA assiste à l’évènement et soutient Yahara Senseï par sa présence.
Cette même année, Shihan Hamid Hamiche contribue à la venue de Mikio Yahara Senseï en France pour deux stages dont le premier se déroule sur la région Parisienne et le deuxième à Pau, dans le sud de la France. A cette occasion, une interview exclusive est réalisée dans le magazine Français « Ceinture noire » des éditions Budo.




La transmission par les stages

Nous sommes en 2004, Shihan Hamid Hamiche dirige un stage à Pau (France) co-organisé par le club de Karaté de la MJC du Laü, dojo pratiquant dans la même ligne directrice : Asai Senseï, Abe Senseï et Yahara Senseï. Il reviendra à Pau en 2006 pour dispenser un nouveau stage.
En juin 2008, Shihan Hamid Hamiche encadre un stage au sein du Club de Karaté des Pradettes de Toulouse (France), dojo sous la direction de Cyril Rodriguez.
En 2009, le film documentaire Kamae de Cédric Chen met en lumière les instructeurs du « Dojo 5 ». Six grands Maîtres dévoilent leur philosophie du Karate-Do sur un format d’interview illustré par le travail de chacun.
La consécration
Shihan Hamiche obtient son 7e dan KWF en 2013 lors du KWF Mastercamp au Danemark. Il présente son examen devant la délégation HQ KWF comprenant : Mikio Yahara, Akihito Isaka, Yasuhiro Hozumi, Takashi Naito, Masamichi Otsuka, Shinichi Okada, Tsutomu Endo et Malcom Dorfman.



Entre 2015 et 2019, Shihan Hamid Hamiche est présent à tous les séminaires internationaux organisés par le Bikukan Dojo de Marc Feldis. Tous deux contribuent à la promotion du karaté traditionnel avec la proposition de stages, mais aussi en valorisant la pratique lors de démonstrations, notamment lors de la Nuit des Arts Martiaux Traditionnels.
Auteur de l’article : Cyril Rodriguez, avec la contribution de Marc Feldis, le support d’Adriana Nicoletti et la relecture de Shihan Hamiche.
Rendez-vous sur keiko-dojo.com pour découvrir les prochains stages et continuer à approfondir votre pratique. En savoir plus sur l’organisation KWF France, cliquer ici.














