Dans le silence concentré du dôjô, les premières séquences de Chinte se déploient avec précision. Pour ce dernier stage de la saison, le Karaté Club du Vernet a confié l’étude de ce kata singulier à Xavier Géraud, figure reconnue du kata français. Un choix qui n’a rien d’anodin : Chinte ne se livre pas facilement et exige bien plus qu’une simple reproduction technique.
Pour les pratiquants présents — parmi lesquels plusieurs membres fidèles du Keikō Dōjō — le rendez-vous est devenu un rituel. On ne vient pas seulement pour « travailler un kata », mais pour l’explorer, le questionner, parfois même le redécouvrir.



Un parcours façonné par la transmission
Xavier Géraud parle du karaté avec une retenue teintée de profondeur. Il a commencé « un peu par hasard » à la fin des années 1980, mais son chemin a rapidement pris une autre dimension sous l’influence de Dominique Riccio, son professeur et mentor.
« C’est à cette époque que j’ai compris que le karaté dépassait largement le cadre d’un sport », confie-t-il. Une phrase qui résume toute une vie de pratique.

Compétiteur kata de haut niveau, multiple champion de France par équipe, enseignant depuis plus de vingt ans, formateur de pratiquants et de champions — dont sa fille Noémie — Xavier Géraud n’a pourtant jamais cessé d’apprendre. Aujourd’hui encore, 6ᵉ dan FFK, il continue à pratiquer, à transmettre et à se remettre en question, notamment à travers les compétitions vétérans.
Le stage, un espace à part
Chez lui, le stage n’est pas un simple prolongement du cours hebdomadaire. C’est un temps long, un espace privilégié où l’on peut enfin prendre le temps de comprendre.
« Trois heures pour un kata, c’est un luxe », sourit-il. Un luxe nécessaire pour aborder les principes, les applications, les variantes… et surtout le sens.







Chaque stage est minutieusement préparé. Introduction historique, travail progressif du simple vers le complexe, découpage précis du kata, applications concrètes, puis retour à l’ensemble. Une structure immuable, presque littéraire. Ce n’est pas un hasard : formé aux Lettres, Xavier Géraud considère le kata comme une œuvre à part entière, que l’on peut lire, analyser et interpréter.


Chinte, un kata qui interroge
Chinte fascine par sa singularité. Rapide, précis, issu du Shuri-te, il privilégie la technique à la force brute. Il sollicite intensément les épaules, les connexions internes, les angles inhabituels.
Mais au-delà de l’aspect technique, ce kata devient rapidement un prétexte à la réflexion.
En fin de stage, Xavier Géraud élargit le propos. Il évoque Gichin Funakoshi, son modernisme, et sa vision étonnamment avant-gardiste de la place des femmes dans le karaté. Citant des textes de 1929, il rappelle que le fondateur du Shôtôkan voyait déjà le karaté comme un art universel, accessible à toutes et à tous. Une résonance troublante avec les questions contemporaines.


Refuser les dogmes, cultiver l’ouverture
Ce qui frappe dans l’enseignement de Xavier Géraud, c’est son refus de l’enfermement.
JKA, SKIF, JKS ou autres courants : il les connaît, les pratique, les compare. Sans jamais en imposer un. « Toutes les visions se valent », affirme-t-il simplement.
Cette ouverture se retrouve aussi dans son rapport aux outils modernes. YouTube ? Oui, mais avec discernement. « Un Mitori Geiko 2.0 », plaisante-t-il, à condition de savoir observer et de se référer aux bonnes sources.
Garder l’esprit débutant
À l’issue du stage, les corps sont fatigués mais les esprits en éveil. Avant de se quitter, Xavier Géraud livre un dernier message, simple et exigeant : rester curieux.
Ne jamais croire que tout est acquis. Continuer à lire, observer, pratiquer, comparer. Et surtout, conserver cet esprit débutant cher à Funakoshi, fait d’humilité et d’émerveillement.

Un message qui résonne longtemps après avoir quitté le tatami — comme un rappel que le kata, loin d’être figé, est une matière vivante, en perpétuel mouvement.
Le Keiko Dojo remercie chaleureusement Xavier Géraud pour la richesse de son enseignement et la générosité de son partage.
Photos © Michel Massarin & Agnès Barichello
